Site de l'Irea-Sgen-CFDT - Institut de recherches, d'étude et d'animation

Témoignages

- secrétaire nationale à la fédération Sgen-cfdt de 1992 à 1995

- secrétaire générale adjointe à la fédédération de 1995 à 2007

- membre du Bureau nationale de la CFDT de 1999 à 2006

Elle était de puis la création de l’Iréa, en 2007, sa vice-présidente

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Messages, Témoignages (en cours)

J’avais bien croisé Raymonde lors de quelques réunions, mais je ne l’ai vraiment connue qu’en 1992, lorsque nous avons été élus pour la première fois à la commission exécutive de la fédération Sgen-CFDT.

Très vite je me suis senti en communion avec Raymonde, tant sur le plan syndical, pédagogique, politique, le choix des lectures et que sais encore ?
Comme je l’ai dit nous sommes entrés ensemble à la CE du Sgen ; de 1995 à 1998 nous étions tous les deux secrétaires généraux adjoints, et, lorsque je suis devenu secrétaire général de la fédération en 1998, elle restera tout naturellement adjointe et ce jusqu’à la fin de notre mandat en 2007.
Tants de souvenirs, de flashs me reviennent.
Provinciaux, exilés volontaires et donc loin de nos familles respectives, pendant 15 ans nous avons déjeuné ensemble tous les jours de la semaine et pris la quasi totalité de nos repas du soir dans le même restaurant, à la même table. De nombreux copains nous accompagnaient. Que de discussions !

Mais bien évidemment, c’est aussi 15 ans de militantisme. Pour Raymonde militantisme syndical et pédagogique allaient de pair. Refusant tous les corporatismes, refusant toutes formes d’élitismes, fussent-ils républicains, elle n’admettait pas que tant de jeunes puissent rester sur le bord de la route. Elle se battait pour une Ecole laïque où l’échec scolaire ne devait pas avoir sa place.
Courage, intégrité et rigueur intellectuelle. Du courage, il lui en a fallu un soir de BN confédéral, en 2003, lorsque, seule, elle a dit non au dossier retraite.
Dans ses propos, elle pouvait parfois apparaître pointilliste, longue, par trop exhaustive ; en fait elle était guidée par ses angoisses, la peur de se tromper et l’extrême rigueur intellectuelle qui l’a toujours habitée. Cette rigueur était par là même emprunte de détermination, d’exigence aussi.
Pendant 15 ans, Raymonde aura joué un rôle majeur au sein du Conseil supérieur de l’éducation : reconnue, respectée, combien de fois a-t-elle réussi à faire entendre la voix du Sgen, voire à la faire adopter. Quelles préparations lors de certains CSE…on se retrouvait au petit matin dans un bistrot d’Orsay pour peaufiner une dernière fois notre intervention, déjà vue et revue…toujours la même exigence.
Avec quelle même rigueur elle a « piloté » l’enseignement supérieur, la recherche et ce ne fut pas la moindre des sinécures…
Il y aurait tant et tant d’autres souvenirs.
Lorsque j’ai évoqué la perspective d’un Institut de recherche Sgen, au-delà de son éternelle inquiétude –est-ce possible ?-,
elle s’y est engagée avec enthousiasme car elle y voyait non pas le prolongement d’activités fédérales –page bien tournée- mais l’occasion d’être utile, de poursuivre la réflexion et de contribuer ainsi à celle du Sgen,et plus largement à celle de la communauté éducative. Son engagement aux Cahiers pédagogiques allait dans le même sens. Raymonde, malgré ses souffrances a encore assisté au colloque de l’Iréa, en juin dernier. Sa joie d’être venue et d’avoir tenu le coup. Nous sommes nombreux à garder l’image de cette présence.
Il y a un mois environ, elle me disait de dire aux copains combien elle restait attachée au Sgen, à l’Iréa.
Lors de mon départ, il a 2 ans, j’ai déclaré combien je devais à Raymonde, aujourd’hui on peut dire que le Sgen-CFDT lui doit énormément. Elle aura écrit de nombreuses pages de notre organisation. Puisse son intransigeance, son honnêteté, son souci de la démocratie, son ambition d’une Ecole de la réussite pour tous perdurer.

Raymonde a été une militante luttant contre toutes les injustices : c’était une humaniste, une citoyenne engagée-elle était depuis 2008 adjointe au maire de sa ville-. J’ai eu de la chance de la rencontrer. Et pour reprendre une phrase de Louis Guilloux que nous aimions tant « Je finirai bien par mettre un peu d’ordre dans le fatras de mes paperasses… » moi, ce sera dans le fatras de nos souvenirs.

Jean-Luc Villeneuve

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Raymonde Piecuch ne transigeait sur les principes. Dans une négociation elle plaçait son interlocuteur devant ses responsabilités et l’obligeait à expliciter les compromis auxquels il devait consentir. Si elle acceptait les contraintes du réel elle tenait absolument à mettre l’accent sur l’écart entre les conceptions et les ambitions pédagogiques de son syndicat et les propositions des décideurs institutionnels, entre le souhaitable et le réalisable à un moment donné de l’évolution de la société, de l’école et compte tenu de la majorité politique en place.
Je salue sa mémoire et je témoigne du respect que je portais à ses convictions.

André Hussenet, Inspecteur général honoraire

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Je ne connaissais pas beaucoup Raymonde et je commençais, avec la création de l’IREA, à mieux la connaître et partager des moments de réflexion.

Ce départ a tout coupé et je reste très triste et profondément affectée par ce décès si rapide.

Ce début d’année sera comme un grand vide.

Françoise Cros

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Raymonde Piecuch était pour moi d’abord une voix au téléphone, toujours
accueillante et souriante même quand les moments étaient difficiles, et
jusqu’à mon dernier appel, qui était pour parler à Michel.

Elle avait eu le suivi des enseignants du Supérieur, des ITA-Bib et de
la Recherche : pas les secteurs les plus simples du SGEN, pas non plus
les partenaires syndicaux les plus commodes ni les ministres les plus
faciles.
Elle avait été membre élue du BN de la CFDT, et avait su y faire
entendre la voix du SGEN, qui n’était pas toujours celle de la majorité.

Elle avait beaucoup de courage, et un attachement indéfectible aux
questions de pédagogie, qui sont une des spécificités du SGEN et lui
avaient valu d’être élue au CA des CRAP-Cahiers pédagogiques.

Je voudrais aussi dire, à cette occasion, que la Lorraine, où elle
travaillait, militait et habitait, a été de longue date une source de
responsables nationaux du SGEN-CFDT. Je pense ici entre autres à notre
regretté ami de Nancy II Guy Gueudet, sur l’intense travail militant
duquel nous continuons aussi à vivre comme organisation syndicale.

Patrick Fridenson
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

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Ce deuil me touche beaucoup, j’aimais la gentille fermeté de Raymonde, sa perspicacité et son engagement constant. Elle manquera beaucoup à l’IREA
Françoise Lorcerie, CNRS

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Je ne savais pas que Raymonde était malade... Quelle saleté ! Et quelle tristesse !
Ce n’est en effet pas ce genre de nouvelles que l’on espère pendant la période des fêtes.
Crois bien que je partage votre peine. Je garde le souvenir de sa discrétion, de sa détermination et de sa "solidité" intellectuelle et militante (je crains que ça ne veuille pas dire grand chose mais je ne trouve pas d’autres mots...).
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Cécile Blanchard

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Je me souviens du courage de Raymonde, présente à un récent conseil scientifique de l’IREA, heureuse cependant d’être parmi nous et de se plonger dans la préparation d’un colloque ou dans les discussions sur les aléas plutôt désastreux de la politique ministérielle.
Je me souviens du plaisir que j’avais eu à l’entendre , il y a plus longtemps, désirer donner un peu de son temps au crap-Cahiers pédagogiques, et de la voir élue à notre conseil d’administration où elle apporterait (et elle l’a fait, mais de manière trop brève) sa grande expérience de syndicaliste.
Je me souviens, plus loin encore dans le temps, quand elle venait d’apprendre l’indisponibilité de Philippe Meirieu à un colloque du SGEN, cherchant en dernière minute à trouver un intervenant, me contactant (honneur de remplacer Meirieu !) et si satisfaite d’avoir pu trouver une solution. Qui n’a pas organisé colloques et séminaires ne connait pas ces affres de l’organisateur, mais aussi la passion que représente le montage de tels événements.
Tout cela, je l’ai partagé avec Raymonde, engagé comme elle dans la pédagogie, pas autant qu’elle dans le syndicalisme, mais fidèle comme elle au charme indéfinissable de l’appartenance au SGEN et au-delà à un grand syndicat généraliste et à une « deuxième gauche » dans laquelle, je crois, elle s’inscrivait, rageant contre les corporatismes, les lâchetés opportunistes et l’hypocrisie.
Perdre dans la même semaine Jean-Pierre Astolfi et Raymonde, c’est dur…

Jean-Michel zakhartchouk , CRAP-Cahiers pédagogiques
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Et oui, cette fin d’année est terriblement triste.
Je connaissais Raymonde depuis 72, année où j’avais adhéré à Rénovation syndicale...
Lors du départ en retraite de Jean-Luc, elle m’avait demandé mon avis avant de se présenter au CA du CRAP, je l’y avais évidemment encouragé ! Elle aurait pu encore apporter tant de choses au syndicalisme, à la pédagogie et tout simplement à l’humanisme.
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Dominique Guy

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Je viens d’apprendre le départ de Raymonde Piécuch au lendemain de Noël. . Raymonde est pour moi (je ne peux encore en parler au passé) une personne avec laquelle nous avons partagé depuis 1968 non seulement une amitié et des complicités (y compris familiales) mais aussi des convictions et des combats syndicaux et pédagogiques. Son engagement, militant (au sens fort du terme) et professionnel envers les élèves, nous a valu un nombre incalculable de discussions, rencontres, séminaires, stages, colloques au sein d’associations pédagogiques ou sociales (notamment Ecole et Société).Et nous a conduit en particulier à des choix syndicaux (à la FEN puis au SGEN-CFDT) fondés sur la pratique du métier d’enseignant et la dimension sociale de l’éducation.
L’écrit ne peut exprimer tout ce que je ressens : une part de notre histoire personnelle qui s’éloigne, une partie de notre cheminement qui s’estompe ..Et l’injustice d’un départ prématuré qui nous prive de la présence d’une personne de qualité,"quelqu’un" avec qui nous avions encore tant de choses à continuer, poursuivre et découvrir.

jean- claude guérin

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C’est avec une grande tristesse que j’ai appris au retour de vacances la
disparition de Raymonde. Je la savais malade, mais j’espérais qu’elle
resterait encore longtemps parmi nous. Pour l’avoir cotoyée pendant six
ans, je sais tout ce qu’elle a apporté à la fédération et j’ai appris
à apprécier sa rigueur intellectuelle, sa connaissance des dossiers, et
son indéfectible engagement.

Christiane Fevre

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A Raymonde,

Je me souviens d’abord de ces longues conversations, alors que tu étais « aux affaires » à Paris et moi déjà en retrait. Nous nous rencontrions régulièrement à la maison ou plus souvent chez toi à Frouard. On y passait, avec Michel et Marie-Claude,de si bons moments.

Dans ces discussions qui pouvaient se prolonger, et c’était la plupart du temps le cas, tu me faisais part de tes doutes, interrogations, inquiétudes. Dans ces moments-là, je t’ai rarement vue l’esprit tranquille ; il y avait toujours quelque chose qui te tracassait. Je me mettais en situation d’écoute, intervenant peu, car je n’avais pas toujours les éléments pour le faire, et je pense que cela te convenait. L’important était que tu parles, que tu anticipes ou que tu reviennes sur ces situations difficiles que tes responsabilités t’amenaient à affronter. Assurer la présence du SGEN dans des instances telles que le Conseil Supérieur de l’Education ou le Bureau National de la CFDT n’étaient pas, à l’évidence, un exercice de tout repos : y étaient en jeu une certaine idée de l’école et du syndicalisme.

Nos conversations s’écartaient aussi , heureusement, du strict domaine syndical. Il n’était jamais indifférent ou ennuyeux de causer avec toi art et littérature, mais aussi voyage et famille, de feuilleter un livre que tu extrayais à coup sûr de tes rayons ou un album de photos qui se trouvait là opportunément. Je me souviens d’une fois, il n’y a pas si longtemps peut-être, où nous parlâmes Sartre et Camus : tu étais plutôt Sartre (et Simone bien sûr), et moi plutôt Camus. Mais à vrai dire, la part de vérité de chacun ne faisait pas de doute, pour toi, comme pour moi. Il y a peu, tu m’avais prêté « Le Sang Noir » de Louis Guilloux que je n’avais pas encore lu. Je l’ai lu (et je le garderai si tu le permets et si Michel en est d’accord) et nous avons pu en causer un peu, convenant du caractère à la fois réaliste et fantastique de cet ouvrage hors normes .

Qui nous ramenait, comme s’il en était besoin, du côté de ceux que tu n’avais jamais lâchés : les pauvres, les mal classés, les déclassés, les laissés pour compte, puisque toujours tu te demandais ce que l’école pouvait et devait faire pour eux (et avec eux). S’il en est qui renient leurs origines, ce ne fut pas ton cas, et c’est peut-être cela (et ton reformisme radical, j’emploie ce mot dans le sens que tu lui aurais donné) qui créait tant de connivence entre nous.

Michel REDOUTEY

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Raymonde

Difficile de dire ton absence sans dire notre quotidien pendant six ans au Sgen, en tête à tête, dans le même bureau…Ce n’était pas une simple camaraderie de situation, de convictions mais de vie. Une vie syndicale dure, prégnante sur les esprits et la vie familiale, avare de satisfactions définitives mais que ton sourire et ton humour décapant éclairaient. La responsabilité syndicale ne quittait jamais tout à fait ton esprit, un esprit perspicace et exigeant. Tu savais très bien derrière les mots, les déclarations de tous, déceler la part d’ombre de chacun. Sans te faire aucune illusion, tu avais cependant cette générosité d’être disponible et amène en dépit de tout. Ton aisance rédactionnelle était confondante. Tu as écrit un nombre considérable de textes pour le Sgen et, à chaque fois, devant ta page blanche, tu réfléchissais puis tout d’un coup tu te mettais à écrire sans hâte mais d’un seul trait, sans t’arrêter jusqu’à la fin, et pratiquement sans aucune rature ! Tu avais le souci de gagner les esprits par une argumentation serrée ce qui te conduisait à préférer la phrase proustienne au slogan. A l’oral, tes interventions pouvaient être longues mais comment faire court quand on est chargé, plus souvent qu’à son tour, car tu avais courage et pugnacité, d’exprimer une opposition radicale sans détruire le dialogue et la cohésion nécessaires ?
Tu es partie mais tous tes gestes et tes expressions me restent : ce mouvement caractéristique des lèvres quand tu réfléchissais avant de répondre à une question délicate ou tes yeux qui s’arrondissaient légèrement interrogatifs, devant un discours enflammé sur la pédagogie et les vicissitudes de ce monde, ou encore cet ample geste du bras qui ponctuait ta capacité d’indignation.
Nous avions en commun le souci prioritaire des « pauvres canards » et au delà, la véritable empathie de tous les instants. Tu fais partie de ma tête, tu me vas me manquer jusqu’au bout.

Claude Azéma




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